À propos de l’artiste

Marie-Noëlle Gonthier vit et travaille dans la Drôme. Elle se forme à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon où elle apprend d’abord la gravure, puis se consacre ensuite au collage. De 1996 à 1998, elle est en résidence à la Casa Velazquez, à Madrid.
Aujourd’hui le collage laisse place à des « matières picturales » de jus colorés et de pastel. Avec la série des Livres d’Heures, des figures naissent des fonds aux couleurs raffinées évoquant les fresques de Giotto. Un peu plus tard, des lignes d’horizon apparaissent, partageant l’espace entre collines ou étendues d’eau et le ciel immense; ce seront les paysages des Terres d’ombre, Matins du monde et Matinaux.
Il y aura aussi les frottages d’arbre, relevés d’écorce sur lavis, qui formeront la série des Elégies. Avec les Elémentaux réalisés en 2010, l’artiste préfère souvent le tracé à l’empreinte pour mieux affirmer une présence.

Texte

Marie-Noelle Gonthier, qui apprit d’abord la gravure, s’est ensuite adonnée essentiellement au collage. Mais c’est pourtant à la frontière entre celui-ci et ce qu’on nomme la peinture que s’ouvre sa recherche. Dans un grand trouble de la sensation et de la pensée.
Il est remarquable que la plupart de ses collages ressemblent de manière confondante à des peintures, somptueusement, méticuleusement ouvragées. Comme une inversion du trompe-l’œil (ou du trompe-l’esprit), un matériau venu du « réel », une bribe du quotidien, imite la peinture et participe de son pouvoir d’illusion. Le collage est alors comme un détour, rendu nécessaire par notre fatigue de modernes devant la répétition des images, pour redécouvrir l’être étonnant qu’est un tableau.
Une étape importante fut la venue de ces suites d’œuvres en carrés de petit format que Marie-Noelle Gonthier a nommées Livres d’heures. Il y apparaissait à la fois et dans le même mouvement des figures et un espace. Des figures à l’individualité naissante qui prenaient soin de se tenir en deçà de la représentation et du reconnaissable, pour rester en puissance d’elles-mêmes. Un espace qui n’était que l’aube d’une profondeur tout en se souvenant du mur : un espace signifié, proche en cela comme en la sensualité de son grain des fresques de l’Angelico, de Giotto et de quelques autres.
Alors c’est en toute logique, une logique où s’articule le corps même de la peinture, que sont nées ensuite les Elégies, de grands tableaux où se joint à un champ de nudité un soubassement où nous avons vu une prédelle, semblable à celles formées de tableautins racontant une histoire que l’on trouve dans les retables de haute époque. Les figures, le récit, le temps, et le pur chant de l’espace.
Avec la série concomitante des Terres d’ombre, la ligne de partage n’est plus entre l’espace et les figures mais entre le ciel et la terre, tout simplement, si l’on peut dire, puisque de leur séparation ne naît rien de moins que le monde. Et le paysage, à partir de ce qui nous vient du plus loin, l’horizon. La ligne d’ombre que dessine celui-ci est rétablie dans ses prestiges essentiels : elle unit cela même qu’elle sépare. A travers un chemin de lueurs que les paysagistes hollandais du dix-septième siècle surent redécouvrir, avec la présence que la justesse infinie des intensités fait se lever dans la pénombre, ainsi qu’elle apparaissait sous le pied de l’ange de l’Annonciation de Vinci conservée aux Offices à Florence.

Jean Planche, in: Sous le ciel du figuier, Fondation Carzou, ed. Transbordeurs, 2008

 

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